
JOSEF HOFLEHNER
EXPOSITION "NEW WORKS" du 14 juin au 10 septembre 2012
EXPOSITION
“SUBLIME" du 07 avril au 29 mai 2010
LE MONDE "SUBLIME" DE JOSEF HOFLEHNER
Quelques mots de Francis Hodgson sur la photographie de Josef Hoflehner:
Un certain type de photographie restitue au paysage ces qualités qui,
au XIIIème Siècle, suscitaient un sentiment quasi d’horreur
en confrontant la taille infime de l’être humain à la nature
et ses terribles pouvoirs. Certes, la photographie est toujours plus ou moins
littérale mais ce genre de paysage ne cache pas ses intentions d’être
traité comme une métaphore. Josef Hoflehner est en passe de
devenir un des plus éminents représentants de ce type.
C’est ainsi qu’on ne peut regarder sur une photo de Joseph Hoflehner
la minuscule Statue de la Liberté sur son île marécageuse
sans penser à ces cultures lagunaires disséminées sur
la planète, en ces lieux - tel Venise en première place ! -
où l’oeuvre humaine est sans cesse menacée. Nous nous
sommes habitués depuis le 11 septembre 2001 à voir planer une
menace sur Manhattan. Vue sous cet angle, l’élévation
des eaux de l’Atlantique de quelques centimètres apparaît
comme un grave danger permanent. Hoflehner a le don de créer cette
sorte d’impression, et il sait comment l’entretenir.
Il y a diverses origines à la photographie sublime contemporaine, telle
cette lignée britannique pour qui le noir et blanc est tout autant
un spectre moral qu’un spectre chimique. Le ton avait été
donné par les paysages de Bill Brandt - dont les contrastes se sont
fait plus marqués au fil de sa carrière - et Hoflehner a certainement
hérité de certaines de ses qualités, sans doute par le
biais de remarquables descendants de la lignée Brandt comme Michael
Kenna. On trouvera une autre origine à ce type de photographie dans
les arts anciens du Japon, la calligraphie et la gravure sur bois notamment,
dont l’essence a été transmise par de grands poètes
du minimalisme: Hiroshi Sugimoto ou Shoji Ueda, entre autres. Une dernière
parenté est celle de la photographie paysagiste du XIXème siècle
par la manière dont Hoflehner traite l’eau, grâce à
ses longues expositions (à 1/250e de seconde) qui rendent à
l’élément sa fluidité après des années
de gel. Rien de tout cela n’est le fruit du hasard. Hoflehner utilise
peu de matériaux mais fait passer un message d’une grande richesse.
Ses plus belles photos méritent d’être regardées
souvent et longuement, car elles nous invitent à revenir sur nos intuitions
et à nous livrer à une lecture métaphorique. Voyez ce
petit arbre fermement soutenu de tous côtés : est- il malade
ou prisonnier ?
Une des plus remarquables vertus des photos de Hoflehner est que celles-ci
exigent que le spectateur s’implique personnellement. Vous ne serez
peut-être pas en mesure d’en conclure dans quel camp politique
se situe Hoflehner, mais vous constaterez son engagement envers la nature
et sa prise de position contre ce que l’homme lui inflige. Ce sont donc
des photos d’un artiste qui nous demande simplement de lui donner raison.
Ils sont assez nombreux sur ce créneau-là, direz-vous !! Non,
voilà des photos qui invitent le spectateur que vous êtes à
réfléchir davantage encore dans sa contemplation avant de s’abandonner
à ses seules intuitions.
Souvent, en photographie, l’air est transparent et intervient peu dans
la manière dont nous observons. Chez Hoflehner, l’air a toujours
une densité qui lui est propre et que notre regard a du mal à
percevoir. Ce n’est pas seulement que la photographie affectionne particulièrement
les effets de condensation ou de demi-jour, mais parce qu’il nous presse
de porter un regard aussi lent que le sien. Un exemple : il a réalisé
dans le passé une série d’études de manches à
air, ces cônes orange qui claquent au vent sur les aérodromes
pour indiquer la direction et la force du vent.
Pour la plupart d’entre nous, ce sont des objets vaguement identifiables
qui accrochent l’attention mais qu’on oublie aussitôt. Hoflehner,
lui, leur a donc consacré toute une étude. Sous son regard,
les manches à air sont devenus des structures de facture humaine au
sein d’un environnement apparemment naturel, les signes visibles d’une
météo invisible, en quelque sorte des indicateurs économiques
dont des lignes, dures ou douces, sont insérées, sont inscrites
dans les mêmes objets insignifiants. C’est bien là la manière
de travailler de Hoflehner: chercher une matière à réflexion
autant qu’un objet de contemplation. Nous pouvons être certains
que la raison pour laquelle il nous offre à regarder sa sélection
finale atteste qu’il a trouvé quelque chose, aussi banal que
ce soit, dans chacune de ses photos.
Il existe un verbe qui se conjugue assez mal dans le domaine de l’art,
c’est le verbe compter. Or, Hoflehner veut que ses photos comptent.
Certes, elles sont dignes d’offrir un vrai plaisir visuel au spectateur.
Mais si vous n’avez vu dans cette collection que des tons gris harmonieusement
combinés, il vous faudra y revenir à deux fois, car Josef Hoflehner
photographie en engageant toutes les ressources de sa riche culture. Ce n’est
pas seulement le travail d’un photographe qui maîtrise toutes
les finesses de son métier. C’est de la photographie plus rare
encore, celle d’un homme et d’un artiste qui s’adresse à
son public pour l’émouvoir et l’amener à réfléchir.
Et il approche par là du sublime, au sens propre du terme.
Francis HodgsonFrancis Hodgson Head of Department Photographs - Sotheby’s
